Sous la feuille de thé

Le canard boit-il la tasse ?

Notre sympathique anatidae enchainé a fait un article en date du 07 mars 2018 intitulé « sous la feuille de thé » Le Canard Enchaîné N° 5080 du 7 mars 2018. Il reprend les mesures et résultats réalisés et publiés par la revue Que choisir du 22/02/2018 qui explique que les thés verts contiennent des traces d’insecticides et de fongicides.

J’ai donc vu pas mal de consommateurs assez déçus par cette boisson et qui se demandent sur les réseaux sociaux s’il faut laisser tomber l’art du tea time.

Comme je l’ai promis à Aurélio (coucou ;-)) et grâce au post de Janick (coucou aussi), je vais vous confier des éléments importants qui vont je l’espère vous donner plus d’éléments pour vous forger votre opinion.

Le paradis du thé

Pourquoi retrouve-t-on des fongicides (lutter contre les champignons) et des insecticides (lutter contre les insectes) dans le thé ?

Cette question est très importante. Il faut toujours se dire « pourquoi » avant « comment ».

Le thé est une boisson ancestrale, et le Camellia Sinensis, cette arbre qui pousse depuis des milliers d’années, a besoin d’un milieu naturel favorable présentant certaines caractéristiques :

  • beaucoup d’humidité
  • du soleil et de l’ombre
  • des nutriments spécifiques

Le premier point est très important ; il est même essentiel. En effet, si cet arbuste (qui peut quand même à l’état sauvage atteindre les 20 mètres) apprécie l’humidité, il ne faut cependant pas que ses racines aient les pieds dans l’eau. La nature fait bien les choses puisqu’à l’état sauvage, les meilleurs arbres caméllia s’installent à flan de coteaux. Situation idéale pour voir ruisseler l’eau sans pour autant la laisser s’installer. Elle passe son chemin après avoir irrigué naturellement en apportant aussi les sédiments rocheux et nutriments.

La présence aussi d’arbres plus grands dans ces forêts naturelles de prédilection apportent de l’ombre aux théiers et les protègent de la brulure du soleil et de nombreux insectes aussi (principe de permaculture dont je parlerai dans un prochain article)

Tant que la consommation du thé était encore raisonnable et limitée, ces petites feuilles ne souffraient d’aucunes maladies.

Le thé aux fongicides, pourquoi ?

C’est au début du 20ième siècle que tout va changer. L’économie productiviste industrielle va transformer les usines Ford aux USA et les économies d’échelle sont recherchées dans tous les secteurs d’activité. L’industrie naissante du thé ne va pas y échapper.

Si nous devons à Thomas Sullivan la création en 1908 du sachet de thé (j’y reviendrai aussi dans un prochain article), cet usage va permettre une consommation plus facile et donc une augmentation importante de la demande. Le thé devient aussi une boisson à la mode et les salons de thé sont fortement fréquentés.

La petite production sauvage ne suffit plus et les grandes compagnies de thé (Lipton, Teatley, etc.) vont demander que des rizières soient remplacées par des jardins de thés. C’est à ce moment là que tout change. Les théiers se retrouvent en plaine, sur des sols marécageux et exposés au soleil. Dans ces conditions là, son milieu naturel équilibré est dégradé ! Notre camellia s’affaiblit et tombe malade. Attaqué par les insectes et les moisissures ! On le bombarde de fongicides !

On roule les mécaniques

Vous l’avez compris, la culture du thé devient une industrie et les exportations explosent. C’est un cercle vicieux qui s’installe. Je reviens sur les rizières transformées en jardins de thé. Pourquoi ? Très simple ! Il faut créer des exploitations avec des coûts de main d’oeuvre faibles. En effet, le thé à l’état sauvage revient assez cher à produire. Son accessibilité dans les montagnes reste difficile avec de nombreuses heures de marche et le ramassage des feuilles ne peut se faire qu’à la main. Or, cela n’est pas compatible avec une production industrielle.

Il faut donc installer les nouveaux jardins de théiers en plaine afin de permettre aux machines agricoles de lancer les récoltes mécaniques.

De la poussière …de thé

Puisque la demande est sans cesse en croissance pour cette boisson, les investissements financiers, mécaniques et idéologiques sont là. Il faut produire sans cesse plus, mettre des feuilles saupoudrées de pesticides et de fongicides ramassées mécaniquement dans les petits sachets et l’expédier dans tous les pays du monde. Ce que l’on ne précise pas, c’est que le ramassage mécanique est très grossier. Pour une feuille, on a une branche ! Il faut cacher tout ça ! C’est le procédé CTC (Cutting Turning Curling) qui va tirer tout le monde d’affaire. Cette énorme machine n’est pas mauvaise en soi. Le problème c’est qu’on lui donne à broyer un peu tout et n’importe quoi ! Petit à petit, les sachets de thé très bon marchés vont accueillir beaucoup de végétaux dont bien peu contiennent des antioxydants et des polyphénols (branches, vieilles feuilles, herbes sauvages voisines quand il en reste ;))

Bien entendu, une branche cueillie mécaniquement est bien moins coûteuse qu’une jeune feuille cueillie à la main après 3 heures de marche dans le forêt !

 Un check-up pour les morts

Pour revenir donc aux analyses publiées, et maintenant que vous êtes un ou une spécialiste de la petite feuille verte, vous comprenez que les résultats ne sont pas surprenant !

Massacrer un produit en le sortant de son milieu naturel, le bombarder de produits chimiques pour le maintenir en vie, le broyer grossièrement pour l’enfermer dans un petit sac ou il va être artificiellement aromatisé et lui faire passer un check-up santé pour voir comment il se porte n’est pas spécialement utile ! Certes, c’est médiatiquement intéressant mais il n’y a pas vraiment de suspens.

Si l’on faisait subir le même traitement à une vigne et que l’on vérifie par des analyses de sang (du vin) la qualité de la bouteille, les résultats ne surprendraient pas les oenologues et les passionnés !

Le petit chemin

Nul n’est obligé de prendre systématiquement les autoroutes qui lui sont proposées. Il existe des petits chemins de traverse qui permettent de prendre son temps, de cueillir le jour (Carpe Diem) et de se donner le choix de la réflexion.

Vous l’avez compris, c’est la quête du volume qui met en visibilité une offre non qualitative sur le marché. Aujourd’hui, au 21 ième siècle, 95% de la vente du thé se fait en sachet. C’est là que se concentrent tous les problèmes.

Vous pouvez décider d’arrêter votre consommation de thé pour ne plus être intoxiqué par les pesticides, insecticides et métaux lourds. Sans doute devrez-vous aussi vous intéresser à la qualité de l’air de votre intérieur ou de celle de votre voiture.

Vous pouvez aussi choisir un autre chemin en orientant votre consommation vers du thé bio issu de petits jardins, en vrac, cueilli à la main et avec des arômes naturels. Des contrôles qualitatifs sont réalisés par des organismes indépendants. On peut bien entendu remettre en cause leur honnêteté et il y aura toujours des fraudeurs. Mais faut-il condamner tout le monde ? Faut-il ne plus croire personne pour un mensonge ?

Le thé bio ne garantit pas l’absence totale de produits nocifs. Il y a d’autres facteurs à prendre en compte. Depuis plus de 10 ans, je me consacre à donner du sens à toute consommation. Je ne sélectionne que du thé premium, c’est à dire une cueillette manuelle, avec uniquement le bourgeon et la première petite feuille riche en principes actifs.

Laurent – Co fondateur Green Mind Company

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